Le jour 2

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On fait parfois des efforts considérables pour souffrir d'une trahison ; et l'on y parvient

Ce matin, c'est une journée comme une autre : je me lève, regarde les informations sur BFM. Je prépare mon café, j’emmène ma tasse dans la salle de bain et puis j'enchaîne les gestes quotidiens : la douche, une gorgée de café, le mascara que je peine à trouver dans la trousse de maquillage, le trait d'eye-liner qui n'est pas aussi net que je le voudrai et puis ... Encore une gorgée de café. Je choisis la robe rose que tu adores par provocation, par envie d'être belle, plus pour moi même en fait, que pour toi. En fouillant dans le placard, je tombe presque par hasard (mais je pencherai plutôt pour un geste inconscient) sur le haut rouge que je mettais lors de nos sorties à 3 : Mélodie, toi et moi ; je ne l'ai jamais remis depuis.

Les filles se lèvent, je leur parle, j'assure le quotidien. C'est un jour comme un autre mais pas tout à fait ... Je dépose la petite à l'école et part vers le boulot la musique à fond : un sms au feu, un coup d’œil à mes mails : dans la boite de réception un message de mon avocate concernant le divorce, un mail auquel je n'arrive pas à répondre. Je me gare à ma place habituelle sur le parking, et je sais que tu te garera à côté de ma voiture dans à peu prêt 1/2 heure. Quand toi aussi, tu reviendras de l'école, encore emplie de cette vie que tu as ailleurs loin du boulot, cette vie que tu disais vouloir abandonner il y a 2 ans 1/2 ... A cette époque où Mélodie et moi, on faisait semblant de croire que tu allais divorcer, tout en sachant pertinemment que tu n'aurais jamais le courage de le faire.

Un flash back me traverse alors que je sors la sacoche de mon pc de la voiture, alors que je jongle entre mon sac, mon portable et la porte que je n'arrive pas à fermer. Je nous revois lors d'une journée de formation à la Rochelle : tous les 3, on riait sur une terrasse au bord de l'eau, on était déjà ivre à 14h. Je me rappelle de Jean, un collègue plus âgé, qui nous avait demandé sur le ton de la plaisanterie, lequel de nous deux allait divorcer avant la fin de l'année. Mélodie avait répondu spontanément que ça serait toi, sauf que ça était moi ... Ce jour là, nous sommes rentrés à 20h. Le parking de notre travail était dans la pénombre, c'était en février il faisait nuit, nous nous étions quittés avec nos doutes : Mélodie partant à un rencard avec un homme pour qui elle n'était qu'un jouet, toi rentrant retrouver une femme qui te trompait, et moi, rejoignant mon couple à l'agonie. C'était le 14 février 2017.

Je marche dans le couloir où sont réuni nos bureaux et mes talons résonnent toujours aussi fort. Jean est en vacances et sa tendresse quasi paternelle envers moi me manque. Son indulgence face à cette relation entre toi et moi qu'il a surement deviné depuis bien longtemps, son silence pudique face aux tensions qui se sont installées entre Mélodie et moi. Je salue notre chef, je salue tout les chargés d'affaires et je souris à Mélodie. La matinée défile dans ce bureau devenu commun, qu'on partage poliment. On parle d'allaitement, on parle d'enfant, on parle de tout sauf de l'essentiel : ni dupe ni l'une, ni l'autre, on essaie pourtant de maintenir un semblant de ce quelque chose d'avant qui reste encore présent entre nous. Enfin tu arrives, et d'un coup, nous sommes de nouveau 3 dans ce tout petit bureau qui n'arrive pas à contenir la force de nos non-dits. Mélodie te montre les photos de son fils, elle te pose des questions sur l'avancement de ton projet de maison avec ta femme et je me dis que tout cela est terriblement, intrinsèquement, convenu.

Début d'après midi, une réunion de service nous réuni, on se retrouve, assis tous les 3 à côté. Tu fais rire Mélodie, et son rire cristallin résonne dans ma tête. Ton corps est prêt du mien, j'ai envie de te toucher juste pour vérifier que tu es là pour moi, que tu es de mon côté ; comme si aujourd'hui il y avait le côté de Mélodie et le mien ... Absurde. Je vois notre chef me regardait à chaque point qui l'aborde. Professionnellement cette réunion est une réussite éclatante pour moi, mes prises de parole sont pertinentes, la place qu'on m'y laisse conséquente. Je ressens un sentiment de plénitude. Je sais bien sur au fond de moi, que mes interventions mettent de fait Mélodie en retrait, puisqu'elle travaillait avant son départ sur les sujets que je développe. Je me dis que surement je devrai me sentir coupable mais je n'y arrive pas : je me suis tant battue pour en arriver là, et elle, si peut. Elle s'est tant désintéressée et si peu investie dans ce poste. Elle a prit tout cela tellement à la légère, alors que je rattrapais ces erreurs, alors que je la couvrais, alors que je me taisais au nom de notre amitié .

On redescend. Mélodie me demande si tu as des bonbons dans tes tiroirs. On mangeait tous le temps des bonbons tous les 3 dans ton bureau avant. C'était notre truc, un truc régressif, un truc de gosse. Je ferme les yeux, une sensation d'étouffement me prend ...

Vendredi, nous irons chez le directeur, Mélodie, notre chef et moi. Vendredi, je devrai faire face à son regard quand elle comprendra qu'une partie du poste que je ne veux plus faire, et qu'elle a arrêté de faire il y a des années, va lui revenir. En attendant, on fait tous semblant Toi, notre chef et moi.

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MyDreamTime
MyDreamTime :

Au vu de ce que tu dis du travail de Mélodie, et du tiens, tu n'as effectivement aucune culpabilité à avoir. Même si elle finit par en souffrir ou être dans l'incompréhension de ce qui lui arrive(ra). Cela lui appartiendra.

Hope88
Hope88 :

Merci ;)